L'historien du monde musulman est souvent confronté à la parcimonie des sources sur les femmes et leur rôle précis dans l'exercice du pouvoir. C'est le cas des femmes de Baybars (1260-1277) sur lesquelles nous ne disposons que de peu d'informations ; ses biographes et les historiens de l'époque ne s'attardent que rarement sur cette question, qui permet pourtant de comprendre les relations du sultan mamelouk avec sa famille restreinte et le milieu dans lequel il évolue en particulier lorsqu'il est à la tête d'un vaste empire. C'est d'autant plus difficile qu'on doit composer avec l'anonymat de la plupart des femmes, y compris ses épouses et ses filles. Cet anonymat les accompagne dans leur vie quotidienne et jusque dans leurs tombeaux.
On connait néanmoins les origines familiales et ethniques des épouses de Baybars ; les mariages qu'il a contractés lui ont permis de conclure des alliances et de renforcer ses réseaux kurdes, qiptchaks et mongols. Certaines de ses femmes, notamment Iltutmush sa favorite, ont joué un rôle politique déterminant, en particulier après la mort du sultan, pour assurer la transition et la pérennité de la dynastie au pouvoir. Que ce soit par la négociation, la médiation ou l'intervention publique, voire par la ruse et l'assassinat, les femmes de Baybars tentent tant bien que mal de s'imposer face aux ambitions des grands émirs mamelouks malgré la pesanteur des normes sociales et religieuses.

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