En 2014, Ioanna Rapti écrivait dans son article consacré au mécénat des femmes arméniennes, « malgré l'intérêt porté sur l'histoire des femmes et au développement des études de genre, le mécénat féminin en Arménie n'a guère été exploré, de même que le statut de la femme en tant que phénomène historique »[1]. Son article s'est attaché à mettre en avant le mécénat exercé par certaines princesses arméniennes pour une période allant des débuts de l'ère chrétienne jusqu'au XIVe siècle. Elle a par exemple mis en lumière, comme l'a d'ailleurs aussi fait Zaroui Pogossian, l'action de la princesse Mariam, fille du roi d'Ani Ašot Ier, épouse, puis veuve du prince Vasak de Siwnik', impliquée dans la fondation et la dotation de plusieurs églises et monastères autour du lac Sevan[2]. D'autres exemples de princesses sont cités et étudiés. Plus récemment, Anthony Eastmond a donné la biographie de la princesse Tamta, de la famille arménienne des Mqargrzeli née à la fin du XIIe siècle, qui eut un destin hors normes et finit par gouverner la ville d'Akhlāt comme vassale des Mongols jusqu'à sa mort en 1254[3].
À côté de ces figures maintenant bien mises en lumière, il est de nombreuses femmes de rang moins élevé, qui jouent un rôle important au sein de leurs communautés, en particulier pour ce qui concerne les fondations monastiques. Elles apparaissent en particulier dans les sources épigraphiques arméniennes, d'une grande richesse et en partie éditées dans un Corpus des inscriptions arméniennes qui compte aujourd'hui 10 volumes et plus de 10 000 inscriptions[4].
Les inscriptions, surtout présentes sur les différents bâtiments qui composent les complexes monastiques arméniens, en particulier les pièces annexes des églises appelées gawit' ou žamatun, accordent une place importante à la parole féminine, qu'elle soit relative à des fondations ou des donations ou qu'elle s'exprime dans des inscriptions funéraires.
Les grandes aristocrates, comme Mariam, y sont présentes et l'épigraphie permet alors de compléter les sources historiographiques également très détaillées à leur sujet. Mais apparaissent aussi d'autres femmes de moindre rang que le nombre important d'inscriptions permet alors de cerner. C'est l'action de ces femmes plus ordinaires que nous voulons ici présenter, en tentant une approche plus quantitative[5].
[1] I. Rapti, « Le mécénat des princesses arméniennes », dans E. Malamut (dir.), Impératrices, princesses, aristocrates et saintes souveraines : de l'Orient chrétien et musulman au Moyen Âge et au début des Temps Modernes, Aix-en-Provence, 2014, p. 249-272.
[2] Z. Pogossian, « The founda'on of the Monastery of Sevan : a case study on monasteries, economy and political power in IX-X century Armenia », dans Le'zia Ermini Pani (éd.), Le Valli dei Monaci. Atti del Convegno internazionale di studio, Roma-Subioco 17-19 maggio 2010, Spoleto, 2012, p. 181-215.
[3] A. Eastmond, Tamta's World. The Life and Encounters of a Medieval Noblewoman from the Middle East to Mongolia, Cambridge, 2017.
[4] 10 volumes publiés à ce jour, le dernier, en 2017, portant sur la province du Širak.
[5] Une telle approche a été utilisée dans la thèse de Nicolas Tatessian, qui s'est fondé sur les colophons de manuscrits qui donnent aussi la parole aux femmes : « Les femmes arméniennes : représentations, rôles et pouvoirs à travers les colophons de manuscrits arméniens (1064-1375) », dir. Isabelle Augé et Patrick Donabedian, soutenue à Montpellier en décembre 2021.

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