Depuis les travaux de Karl Leyser, le poids politique et religieux des femmes en Germanie ottonienne, et particulièrement en Saxe, a été bien étudié. En particulier, de nombreux travaux ont été consacrés aux impératrices, spécialement Adélaïde et Théophano, permettant de dégager les caractéristiques du queenship ottonien (Simon McLean). Dans ce cadre, la période de régence pendant la minorité d'Otton III (de 983 à 991 pour Théophano, puis, après la mort de celle-ci, jusqu'en 994 pour Adélaïde) a fait l'objet d'une attention particulière comme moment privilégié de l'exercice de ce queenship. Plus récemment, le rôle important des autres femmes de la famille impériale pendant le règne d'Otton III, souverain célibataire, a été analysé comme une sorte substitut au rôle de consors regni dévolu à l'épouse ottonienne.
Ces études ont cependant largement laissé de côté un autre moment crucial pour la royauté : celui des situations de vacance du pouvoir royal. Au début du XIe siècle, cette configuration d'interrègne se présente à deux reprises : tout d'abord après le décès d'Otton III (23/24 janvier 1002) et jusqu'au couronnement d'Henri II (6 juin 1002) ; puis à nouveau après la disparition de ce dernier (13 juillet 1024) et jusqu'à l'avènement de Conrad II, le premier souverain salien (8 septembre 1024). Dans les deux cas, le roi de Germanie et empereur ne laisse aucun héritier en ligne directe et sa succession n'a pas été préparée. S'ouvre alors une période de crise et d'intense compétition pour le pouvoir, qui est bien relatée par les sources narratives.
Ce projet de communication propose d'analyser le rôle alors joué par les femmes, dans les événements mais également dans la narration. Dans le premier cas, on s'attachera spécialement à deux des sœurs d'Otton III, les fameuses dominae imperiales Sophie, bientôt abbesse de Gandersheim, et Adélaïde, abbesse de Quedlinbourg : si les Annales Quedlinburgenses leur donnent surtout un rôle de légitimation de l'élection d'Henri II, le Chronicon de Thietmar de Mersebourg les mentionne à deux reprises lors de la course au pouvoir, suggérant une implication et même un rôle actif dans le processus d'élection : en particulier, la tristesse et la colère manifestées par les deux sœurs à la suite d'un affront perpétré par le margrave Ekkehard de Meißen marque clairement un tournant en provoquant l'élimination physique de ce concurrent. Dans le second cas, Wipo, dans ses Gesta Chuonradi II imperatoris, décrit l'impératrice Cunégonde, « bien que privée de la force de son mari », comme celle qui, grâce à son intelligence et avec le conseil de ses frères Thierry, évêque de Metz, et Henri, duc de Bavière, vient au secours de l'État et restaure l'empire déchiré par la discorde. Après avoir exercé le pouvoir jusqu'à l'élection de Conrad II, c'est elle qui lui transmet les regalia, que lui avait confiés son défunt époux.
Ces passages interrogent à la fois la marge de manœuvre des femmes de rang impérial lors de telles situations de crise, liée sans aucun doute au rôle qui a été le leur avant cette situation de crise, et aux réseaux de soutien qu'elles sont en mesure d'activer, mais également leur rôle symbolique dans la transmission et la continuité du pouvoir.

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