Les impératrices byzantines furent avant toute chose les détentrices de la légitimité dynastique dans un système politique où le pouvoir impérial pouvait à tout moment être contesté. De ce point de vue, le rôle des épouses et celui des filles d'empereurs n'était pas exactement le même puisque seules ces dernières portaient le sang impérial, même si elles n'étaient pas nécessairement « porphyrogénètes », c'est-à-dire nées pendant le règne de leur père. C'est en particulier entre le VIIIe et le XIe siècle que se présentèrent plusieurs situations bien connues où l'impératrice incarna le pouvoir impérial : mère de l'empereur héritier, elle put détenir la régence ; fille de l'empereur défunt, elle put garantir une succession apaisée en épousant un « homme nouveau » à qui elle conférait une légitimité.
Le rôle de l'impératrice dans la dévolution du pouvoir souverain pose le problème de ses modalités précises d'action et donc de la nature exacte de sa puissance. La question peut être éclairée grâce à l'exemple de Vérine et Ariadne, protagonistes moins connues de la crise politique qui secoua le pouvoir naissant de Constantinople au moment de la chute de l'Empire romain d'Occident. Ces deux impératrices détenaient des réseaux qui pesèrent sur le choix des empereurs et de leurs concurrents, et elles intervinrent dans les proclamations impériales. Vérine et Ariadne sont respectivement l'épouse et la fille de Léon Ier (457-474). Ariadne est la mère du jeune héritier Léon II, mort très peu de temps après son grand-père en 474, à la suite de la proclamation comme co-empereur de son père Zénon. Si le rôle politique de la veuve et de la fille de Léon Ier dans cette succession discutée ne doit pas être surestimé, il reste qu'Ariadne endossa la légitimité dynastique.
En outre, Vérine se trouvait à la tête d'un réseau de dignitaire lui donnant un rôle plus ou moins important dans les nombreuses contestations subies par le pouvoir de Zénon (474-491), qui finit cependant toujours par l'emporter. Elle projeta un mariage avec l'ancien maître des offices Patricius dans le but de le hisser sur le trône. Elle soutint l'usurpation de son frère, le maître des milices Basiliscus (475-476), et son réseau se mobilisa lors des révoltes du maître des milices Marcianus (479) et du préfet du prétoire d'Orient Dionysius (480). Vérine et Ariadne commanditèrent certainement deux tentatives d'assassinat de l'ambitieux maître des milices Illous. Vérine fut ainsi emprisonnée par ce dernier avant d'être libérée pour être placée au service de l'usurpation en 484 du maître des milices Leontius, derrière laquelle se trouvait le puissant Illous. Comme dans le cas de son frère Basiliscus, mais dans un contexte politique bien différent, sa légitimité d'épouse de Léon Ier fut utilisée lors des proclamations de ces deux usurpateurs, sans que l'on puisse affirmer qu'elle les proclama elle-même.
À la mort de Zénon en 491, le réseau d'Ariadne fut impliqué dans l'avènement du nouvel empereur Anastase (491-518). Le rôle d'Ariadne dans la cérémonie de proclamation impériale rappelle celui de Vérine en 484 et il se conclut par son mariage avec Anastase.
Comme détentrices de la légitimité issue de Léon Ier, Vérine et Ariadne endossèrent ainsi une action dans la dévolution du pouvoir souverain. Mais leur réseau comme leur fonction dans les cérémonies impériales furent surtout instrumentalisés par les hommes qui se disputaient alors le pouvoir, ce qui invite à relativiser la réalité de leur puissance. Et leur cas peut sans doute permettre d'interroger à nouveaux frais les modalités d'action prêtées aux impératrices byzantines qui leur succédèrent.

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