Au cours de la dernière décennie, les travaux en histoire médiévale ont contribué à déconstruire le poncif selon lequel, au Moyen Âge, la guerre aurait été exclusivement une affaire d'hommes (Trévisi, 2010). Qu'il s'agisse du cas des femmes scandinaves (L. Malbos, 2022), des reines capétiennes (L. Gay, 2022), ou des femmes castillanes du XVe siècle (D. Baloup, 2022), de nombreuses études ont contribué à réévaluer la place des femmes lors des conflits armés. Dans la continuité de ces recherches, cette communication entend s'intéresser aux modalités de l'action des reines en contexte guerrier, dans une perspective comparatiste qui considérera la Francie occidentale carolingienne et l'Angleterre au Xe siècle. Dans le contexte des affrontements entre les Anglo-Saxons et les Scandinaves, ou dans le cadre de la compétition accrue entre le roi de Francie, les princes féodaux, et les souverains ottoniens, les chroniqueurs montrent que les reines, loin d'être cantonnées à des rôles passifs, ont exercé de véritables rôles militaires en particulier durant les sièges.
On s'interrogera donc d'abord sur la nature des fonctions militaires occupées par les femmes. Celles-ci sont, le plus souvent, présentées par les chroniqueurs comme des actrices de la conduite stratégique de la guerre, plutôt que comme des combattantes qui, armes à la main, participent aux combats. Elles dirigent des opérations militaires, ordonnent la construction de forteresses, organisent des sièges, ou négocient avec l'ennemi. Notre attention se portera également sur les circonstances politiques et dynastiques propices à l'exercice par les reines de ces fonctions telles que les périodes de veuvage, de minorité des héritiers ou durant l'absence du souverain, occupé sur d'autres terrains militaires ou prisonnier. Dans ces conditions, la reine, en tant qu'épouse ou mère, se révèle souvent être, pour le souverain, l'un de ses plus fidèles alliés. Si le roi, en déléguant à la reine des missions défensives, décide du rôle militaire rempli par celle-ci, il conviendra d'interroger l'autonomie militaire de certaines reines par rapport aux rois. On cherchera enfin à comparer les différentes traditions politiques afin de se demander dans quelle mesure la participation des femmes à des opérations guerrières relève de la norme ou de l'exception : ainsi, puisque les épouses des derniers souverains de Mercie disposent de davantage de pouvoir que les reines du Wessex, leur participation aux opérations de lutte contre les vikings n'est pas si surprenante (P. Stafford, 2008). Du côté de la Francie occidentale, l'étude s'appuiera sur les cas des trois dernières reines carolingiennes, Emma, épouse du roi Raoul (923-936) Gerberge, épouse du roi Louis IV (936-954) et Emma, épouse de Lothaire (954-986) dont les chroniqueurs tels Flodoard de Reims, Richer de Reims, ou Raoul Glaber rapportent l'activité militaire. Du côté anglo-saxon, le cas d'Æthelflæd de Mercie offrira notamment un point de comparaison intéressant, grâce à l'étude des Annales d'Æthelflæd, une série d'annales merciennes insérée dans la Chronique anglo-saxonne. Æthelflæd exerce, en effet, un pouvoir relativement autonome à la mort de son époux Æthelred en 911, et collabore alors activement avec son frère Édouard (899-924), roi du Wessex, pour organiser la défense de l'Angleterre contre les raids vikings.

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